Titelbild zum Artikel Des Zirkel et des crocodiles dans les îles Salomon

Les pikininis (comme on appelle les enfants dans les îles Salomon) pagayent dans leur canoë depuis un cocotier jusqu'au lagon près de Munda. Ils ramassent des coquillages et pêchent à mains nues. Mais sous l'eau, le danger les guette sous la forme de crocodiles. (Photo : zVg)

14.09.2024

Des Zirkel et des crocodiles dans les îles Salomon

L'association Ruckstuhl4Charity apporte une contribution essentielle aux soins médicaux de base dans les îles Salomon. Il s’agit d’un véritable projet familial. Les parents sont formés en médecine, le fils en droit – et ils sont tous ancrés dans la Société des étudiants suisses (SES).

Qu'est-ce que Ruckstuhl4Charitiy (R4C) et en quoi consiste votre engagement ?

Maurice Ruckstuhl v/o Gmögig : R4C est une association qui a été fondée en 2019 (cf. Info-box à la fin de l'article). Nous fournissons et organisons des missions, principalement au moyen de personnel médical, dans les îles Salomon, sises dans le Pacifique Sud. Pour ce faire, nous collectons des dons qui permettent également de financer des médicaments, des appareils et toute sorte de matériel nécessaire.

 

Comment vous est venue l’idée de vous engager dans un projet caritatif ?

Chantal Ruckstuhl v/o Mami : L'idée n'était pas nouvelle. En fait, c'était un souhait de longue date de nous engager dans une autre partie du monde, et cela depuis la fin de nos études en 1979...

Erhard Ruckstuhl v/o Saintex : A l'époque, nous avions le projet ferme de partir un an en Tanzanie. Nous avions déjà préparé toutes nos affaires, nous étions prêts à partir. Mais cela n'a pas été possible, car la situation politique du pays s'est aggravée sous le président Julius Nyerere.

Mami : Malgré cela, nous n'avons jamais abandonné ce rêve. En 2015, nous avons commencé à nous demander ce que nous ferions une fois à la retraite. Nous avons trouvé des contacts et préparé des projets. En 2017, nous sommes partis deux ans sur le terrain dans les îles Salomon.

Les personnes interviewées (de droite à gauche ): Maurice Ruckstuhl v/o Gmögig (avocat ; GV Zähringia, AKV Neu-Romania, AKV Burgundia), Chantal Ruckstuhl v/o Mami (Dr. med.; GV Zähringia) et Erhard Ruckstuhl v/o Saintex (Dr. med.; GV Zähringia, AKV Neu-Romania). En collaboration avec Dominic Tschümperlin v/o Herr (avocat ; GV Zähringia, AKV Alemannia ; absent sur la photo). Ensemble, ils forment le comité de R4C. Plus loin sur la photo : Daniel Oberholzer v/o Spion (AKV Neu-Romania) et Karin Oberholzer. La photo a été prise devant l’hôpital Helena Goldie de Munda, Nouvelle-Géorgie. (photo : mise à disposition)

En 1979, vous visiez la Tanzanie. Pourquoi avoir finalement choisi les îles Salomon ?

Mami : Lorsque nous avons commencé à envisager une éventuelle mission en 2015, nous avons entendu parler du projet du Dr Hermann Oberli, ancien médecin-chef à Meiringen.

Gmögig : Il n'est certes pas Stver, mais « Singstudent » à Berne. Et il a créé la fondation « Medizin im Südpazifik » (« Médecine dans le Pacifique Sud »). 

Mami : Nous avons rencontré le Dr Oberli. Il nous a convaincus de nous rendre dans les îles Salomon, car il n'y avait tout simplement presque aucun médecin là-bas ; la plupart des hôpitaux étaient gérés en majorité par du personnel soignant.

Saintex : Et c'est ainsi que nous nous sommes envolés une première fois pour les îles Salomon en 2015.

 

Etiez-vous déjà à la retraite à cette époque ?

Saintex : Non, c’était pendant nos vacances. Nous nous sommes rendus sur l'île principale de Guadalcanal et avons visité la capitale Honiara. Le Dr Oberli y avait déjà créé un centre de chirurgie et d'orthopédie. Et c'est là que nous avons rencontré le ministre de la Santé de l'époque, le Dr Steve Sanga Aumanu. Le Dr Aumanu a tout de suite dit : « Des vacances ? Il n'en est pas question. » Il nous a réservé un avion pour le lendemain, à destination de Munda, sur l'île de Nouvelle-Géorgie, dans la Province de l'Ouest située au nord-ouest de l'île principale. Nous avons donc été directement engagés. Dès notre premier jour à Munda nous avons eu des consultations et, à partir de là, les gens sont venus jour et nuit. Le bruit s'est très vite répandu sur l'île qu'il y avait pour une fois des médecins sur place.

Mami : Nous sommes restés cinq semaines (au lieu des quatre prévues). Pour finir, nous avons effectué une traversée assez complexe en bateau sur l'océan Pacifique jusqu'à la petite île de Gizo, située au large, où nous avons pratiqué 40 opérations majeures en collaboration avec l'équipe de chirurgie et d'anesthésie de l'hôpital principal de Honiara. Mais par la suite nous avons dû rentrer, car nous avions encore notre cabinet à Cormondes.

 

Comment s'est passé le retour en Suisse après cette expérience ?

Saintex : D'une certaine manière, l'engagement pour le projet a directement repris. Ce n’est peut-être qu’à ce moment que nous avons vraiment eu le temps d'assimiler ce que nous avions vu et vécu, à savoir les conditions absolument catastrophiques dans lesquelles se trouvait le service médical dans la Province de l’Ouest.

Mami : Nous avons réalisé que nous devions tout reprendre à zéro, surtout en matière d'hygiène. Sans rénovation, aucune amélioration de l’hygiène n'était possible. Le matériel manquait, les sols étaient cassés et pleins de trous, il n'y avait que des instruments rouillés, pas de lits, pas de matelas ni de draps. Nous nous sommes donc mis en quête de matériel.

 

Et avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?

Gmögig : A l'époque, l'engagement se faisait encore dans le cadre de la fondation du Dr Oberli. Par la suite, le projet est devenu tellement autonome et a pris de telles dimensions que la charge administrative pour la fondation était devenue trop importante. C'est pourquoi nous avons créé en 2019 notre propre association, le R4C.

Saintex : Le Dr Oberli nous avait mis en contact avec l'Ordre de Malte en Suisse. Ils avaient en effet acquis un hôpital militaire complet provenant d'anciens stocks de l'armée.

Gmögig : Nous parlons ici d'une installation gigantesque, un hôpital militaire pour presque toute une brigade : 350 lits, des matelas, du matériel de soins, des équipements chirurgicaux ; le tout d'une valeur estimée à environ 800 000 francs.

Saintex : Nous avons pu reprendre ce matériel pour le R4C. Deux mois plus tard, l'équipement hospitalier est arrivé par voie maritime aux îles Salomon.

Mami : Lors de cette livraison, une ambulance a également été expédiée dans un conteneur supplémentaire. Il s'agissait d'un cadeau de l'association des ambulanciers de Morat, en guise de remerciement à Saintex pour ses 25 ans d'activité bénévole en tant que président. Depuis lors, il existe également une « ambulance Munda ».

Est-il possible d’employer efficacement cette ambulance sur l’île ? Comment faut-il s'imaginer l'état des routes en Nouvelle-Géorgie ?

Saintex : De Munda, le chef-lieu de l'île, une route mène à Noro où il y a une grande usine de production de thon en boîte qui emploie plusieurs milliers de personnes. De plus, il y a un aérodrome à Munda qui a été construit par les Américains. Les îles Salomon étaient en effet un territoire très disputé pendant la guerre du Pacifique. En termes d'infrastructure, l'aérodrome a permis à la ville de Munda une certaine avance par rapport au reste de l'île. Et c'est ainsi que l’ambulance circule désormais sur cette route goudronnée à travers la jungle, le long de l'axe Munda-Nora. Cela dit, les malades doivent être transportés d'une manière ou d'une autre par les autochtones de la jungle jusqu'à la route, afin qu'ils puissent être embarqués dans l’ambulance. 

Mami : Et l'ambulance revêt également une importance considérable pour le transfert de l'hôpital à l'aéroport.

 

Qu'est-ce qui s'est passé pour vous par la suite ? Quand êtes-vous retournés dans les îles Salomon depuis l’année 2015 ?

Mami : En 2017 - après notre départ à la retraite et après 35 ans de pratique commune en cabinet à Cormondes - nous sommes finalement allés à Munda pour deux ans d'affilée. Nous avons alors pu nous attaquer aux plus grands défis que nous avions déjà identifiés lors de notre première visite. 

Saintex : Lorsque nous sommes arrivés, les structures manquaient. En fait, à peu près tout manquait : le personnel sur place devait se débrouiller comme il pouvait avec presque rien. Ainsi, nous avons dû tout mettre en place collectivement et lentement.

Mami : Pour cela, il fallait un équipement adéquat : les instruments étaient rouillés, il n'y avait presque pas de pansements et pas assez de médicaments. Ensuite, il a fallu prendre des mesures en matière de construction. La garantie de l'hygiène était asbsolument centrale. Au début, il s'agissait aussi d'introduire des procédures fixes afin de pouvoir travailler de manière hygiénique et d'éviter les infections inutiles. Par exemple, ne pas ouvrir les plaies directement sur le lit mais dans une salle de soin séparée.

Gmögig : Le travail a commencé pour mes parents à Munda, car les conditions y étaient vraiment désastreuses. Entre-temps, cet hôpital est devenu l'un des meilleurs de l'État insulaire dans les classements. Ils ont ensuite mis en place d'autres projets, par exemple à Baniata et Sasamunga, où l'on ne peut accéder que difficilement par de petits bateaux équipés de moteurs « hors-bords ».

 

Quels ont été pour vous les plus grands défis ?

Mami : Les principaux problèmes ou défis sur place concernaient les conditions d'hygiène, les différences culturelles et les conditions climatiques. C’est par exemple difficile lorsque les professionnels locaux s'accrochent à des pratiques ancestrales alors qu'elles sont manifestement préjudiciables sur le plan médical. « Pourquoi, après 800 ans, devrions-nous tout à coup traiter les naissances différemment ? On peut bien faire comme ça ! » Je devais alors répondre : « Non, ça ne va pas. L'enfant va mourir entre nos mains. Mais il existe des moyens pour que cet enfant puisse vivre ». Et quand un enfant meurt effectivement, alors qu'il n'aurait pas dû mourir... - c'était incroyablement pesant.

Gmögig : Il est important de savoir que les autochtones qui travaillent à l'hôpital sont bien mieux formés que la grande majorité de la population. Les contenus de la formation qu'ils reçoivent sont cependant en partie tellement dépassés qu'ils ne sont plus compatibles avec les standards de la médecine occidentale.  Il est compréhensible que ce soit difficile dans ce contexte de se sortir de la tête ce que l’on a appris. 

 

Parce que le personnel spécialisé sur place est particulièrement fier de ce qu'il a appris autrefois ?

Gmögig : Bien sûr que oui. Ils se sont alors rapidement sentis blessés dans leur fierté.

 

Comment avez-vous réussi à convaincre les professionnels locaux de vos innovations et des procédures adaptées ?

Mami : En ce qui concerne l’hygiène, de grandes lacunes se sont révélées, du moins du point de vue de la médecine occidentale. Pour les combler, il a fallu faire preuve de patience et de délicatesse, car il était important pour nous d'aborder les autochtones, leurs traditions et leurs prestations, avec un grand respect. Critiquer et piétiner toutes leurs habitudes n’aurait pas été la bonne solution. Mais il a fallu beaucoup de patience et des formations régulières. Il était en outre important que nous ne quittions pas l'île au bout d’une année seulement ; tout simplement parce qu'il faut tellement de temps pour que les changements se mettent en place. Et petit à petit, les effets positifs se sont faits de plus en plus ressentir, si bien que le personnel a fini par être fier de ses nouveaux acquis. Lorsque les membres de la famille Furrer [voir des informations à la fin de l'article] sont venus en visite à Munda pendant leur mission, ils ont pu constater que les traces du R4C étaient partout, et le personnel médical a alors expliqué fièrement pourquoi ils faisaient certaines choses de cette manière et non plus comme avant. Cela nous a montré qu'une grande partie de nos conseils ont été retenus - plus que nous ne l'aurions pensé au départ.

Et comment avez-vous géré les autres défis ?

Saintex : Il faut en citer un autre : la logistique. Elle pose elle aussi d'énormes défis. Le premier exemple : Nous avions trois bouteilles d'oxygène pour tout l'hôpital. Il fallait au moins trois semaines pour les remplir :  une semaine jusqu’à ce qu’elles soient récupérées, une semaine pour les remplir et une semaine pour les ramener chez nous. Deuxième exemple : l'approvisionnement en médicaments par le gouvernement. Nous avions accès à une quarantaine de médicaments. Il n'y en avait pas plus. La moitié d'entre eux étaient durablement en rupture de stock et donc non livrables. Nous avons alors dû adopter un ton assez dur vis-à-vis du gouvernement, en jurant parfois un peu, et en disant : « Nous avons maintenant  besoin de ce matériel à l'hôpital bon sang, envoyez-nous enfin ces trucs ! ». Nous avons dû faire jouer nos relations et exercer une pression constante.

 

Et le climat ?

Saintex : il fait presque continuellement 32 degrés, de jour comme de nuit, et ce avec un air particulièrement humide. Les conditions sont dignes d'un sauna. 

Mami : On ne peut pas du tout se préparer au climat, pas plus qu’aux conditions sur place. Et cela limite tout, même les déplacements sur l'île. Marcher une demi-heure à travers la jungle jusqu'au prochain village ? On peut à peine y survivre par cette chaleur et cette humidité.

Saintex : On ne peut pas non plus faire de jogging ou autre. On ne pourrait pas non plus faire de vélo, même si on en avait un à disposition. Et on ne peut pas non plus se baigner. En deux ans, nous ne sommes jamais allés dans l'eau, alors que c'est un paysage insulaire paradisiaque et que l'eau n'était qu'à 30 mètres de notre maison.

 

Pour quelle raison ?

Gmögig : A cause des crocodiles. Il y a des crocodiles partout. Beaucoup de gens vivent de la plongée aux coquillages ou de la pêche au harpon. Parce qu'ils en vivent, ils prennent des risques. 

Saintex : Avec leurs grandes dents et leur capacité à déchirer leurs proies, les crocodiles infligent de lourdes blessures aux humains - quand ils s'en sortent.

 

Outre les morsures de crocodiles : Quels sont les pathologies et les problèmes de santé les plus courants sur les îles ?

Saintex : Il y a beaucoup de cas de malaria. Il y a aussi la tuberculose - nous avons d'ailleurs installé la première unité de tuberculose des îles Salomon. Auparavant, les personnes atteintes de la tuberculose contaminaient bien sûr toujours les autres patients.

Gmögig : Cela a été rendu possible, notons-le, grâce aux dons versés à notre association. Voilà un exemple de l'importance des dons pour notre association.

Mami : Beaucoup de pneumonies, de méningites, de gastro-entérite. La malnutrition est un problème supplémentaire, avec l'avitaminose qui en résulte, mais aussi l'obésité et le diabète. L'hypertension et les accidents vasculaires cérébraux sont d'autres problèmes fréquents.

Saintex : Nous avons en outre opéré quotidiennement. Il y a eu de très nombreux abcès et aussi beaucoup d'amputations, surtout des orteils, des pieds et des doigts. Souvent, il ne s'agissait au départ que de petites blessures que les gens se faisaient dans la forêt vierge et qu'ils ne traitaient pas. Le temps qu'ils arrivent chez nous, les membres étaient noirs. La seule chose que l'on pouvait encore faire était de les enlever chirurgicalement.

 

Que faut-il entendre par petites blessures qui peuvent ensuite entraîner une amputation ?

Saintex : Une piqûre de moustique non traitée peut suffire. Si une telle piqûre n'est pas désinfectée et recouverte, un abcès énorme peut se former en 24 heures en raison du climat chaud et humide qui prévaut.

Gmögig : Cela m'est arrivé à moi aussi. Je me suis fait une petite écorchure au pied, d'à peine un centimètre de long. Je n'y ai pas prêté attention. En Suisse, je ne l’aurais même pas remarquée. Le lendemain, j'avais une boule de la taille d'une balle de tennis, pleine de pus. J'ai eu un peu peur. Et mon père a eu une intervention supplémentaire à faire ce jour-là... 

Maman : Une opération bénigne. Nous avons vu bien pire. Des brûlures et des échaudures, par exemple. Là-bas, on cuisine au feu de bois. Le foyer est le centre social de plusieurs familles. Les enfants en particulier, qui renversent des casseroles d'eau bouillante, sont malheureusement souvent et gravement touchés. Sur place, les gens essayent alors de couvrir les plaies avec des feuilles de bananier et de la terre volcanique, provoquant ainsi des infections vraiment graves.

Et vous, aviez-vous eu des problèmes de santé ?

Mami : Nous avons eu de la chance. A part une violente gastro-entérite, nous n'avons jamais rien eu de grave. Mais après ces deux années, nous étions complètement épuisés. Nous avons été en service 365 jours par an, jour et nuit. Nous avons accompagné 550 naissances en une année. C'est plus qu'à l'hôpital cantonal de Fribourg ! Nous avons aussi perdu beaucoup de poids car le contexte alimentation est compliqué…

Saintex : Nous nous nourrissions principalement de riz importé de Chine et de poisson. Mais nous n'avions que rarement du poisson frais ; la plupart du temps nous mangions simplement du thon en boîte avec des bananes, des courges et des papayes. Il n’y avait pas de viande ni de produits laitiers…

 

Quand êtes-vous rentrés en Suisse ?

Mami : C'était en 2019. En fait, c'était juste pour aller chercher du matériel et des dons. Nous voulions retourner à Munda deux ou trois mois plus tard - mais le Coronavirus est arrivé...

Saintex : L'Australie et les Etats insulaires ne laissaient entrer personne. Nous étions tout le temps en attente. Nous y sommes retournés avec le premier avion. C'était le 1er juillet 2022 - le jour où l'Australie a rouvert ses frontières aux voyageurs.

 

Aujourd'hui, en 2024, vous êtes de retour en Suisse. Entre-temps, êtes-vous retournés deux ans de plus dans les îles Salomon ?

Mami : Non. Depuis, nous nous limitons à des visites tous les ans ou tous les deux ans pour quelques semaines à chaque fois. C'est physiquement moins contraignant. 

Saintex : Notre champ d'action est désormais ici en Europe en raison de nos enfants et bientôt de nos petits-enfants. Nous voulons être là pour eux. Sinon, nous serions aux îles Salomon, car le travail ne s'y arrête jamais. Il y aurait encore tellement de choses à faire. Mais pour l'instant, nous sommes ici.

Gmögig : Le travail ici est aussi très important : tenir des conférences et collecter des dons, également des biens matériels comme des médicaments et autres. Il faut également recruter des personnes et les envoyer sur place afin de les faire travailler de manière judicieuse.

 

Comment fonctionnent les processus tels que la distribution de biens lorsque vous n'êtes pas sur place ? Comment se passe la collaboration avec les professionnels locaux et les autorités ?

Saintex : Nous avons de nombreux contacts et échanges avec le personnel spécialisé sur place et avec les responsables politiques. Pour que nous puissions agir depuis ici, il était également important que nous puissions établir des contacts avec les preneurs de décisions politiques. Lorsque quelque chose est nécessaire pour le projet, nous pouvons alors agir au bon endroit. En collaboration avec le ministère de la Santé local, des professionnels déjà bien formés et actifs sur place nous ont été envoyés pour continuer à gérer l'hôpital. La continuité est donc assurée. Nous sommes en contact étroit avec eux et entretenons des échanges permanents.

Gmögig : Grâce à notre projet, l'hôpital Helena Goldie est devenu un lieu de formation pour le personnel soignant et les médecins. À partir de là, une base s’est créée et mes parents ont pu mettre en place et gérer des sites et des projets extérieurs. Nous avons maintenant du personnel spécialisé sur place qui nous fait part des différents besoins et nous indique les sites prioritaires ; cela marche, parce que nous travaillons avec des gens qui ont notre pleine et entière confiance.

 

Quand est prévu votre prochain voyage à Munda ?

Saintex : En octobre ou novembre de cette année (2024). Il s'agira en premier lieu de livrer du matériel, mais aussi de superviser le déroulement des opérations à l'hôpital de Munda et dans les différents sites extérieurs. Et bien sûr aussi d'entretenir des amitiés.

 

De véritables amitiés se sont donc développées sur place et ont perduré à distance ?

Saintex : Les autochtones nous ont accueillis dans leur communauté dont nous faisons désormais partie. Nous pourrions y vivre à tout moment et nous y serions considérés comme des autochtones. De notre côté beaucoup de larmes ont coulé lorsque nous les avons quittés. Et eux non plus ne nous ont pas laissé partir de gaité de cœur. 

Mami : « Come home ! », nous disaient-ils sans cesse, « come home ! ». Nous continuons à avoir des contacts réguliers, au moins une fois par semaine, via Messenger. Et pourtant, un an et demi s'est déjà écoulé depuis notre dernier séjour. Ils sont très heureux de nous savoir bientôt de retour. Et nous aussi !

A propos de l’amitié : quel rôle joue la SES pour vous ? Pour le projet et en général ?

Saintex : Nous sommes une famille de Stver, les cinq membres de la famille sont membres de la SES. Grâce à notre présence permanente au sein de la société, nous avons toujours pu rallier des personnes au projet et amener des gens dans les îles Salomon, comme dernièrement le couple Furrer, à savoir le Rauracien Turm et sa femme Ruth (cf. Info-box à la fin de l'article). De même, quatre ou cinq membres de l'AKV Neu-Romania s’y sont déjà rendus. Ils nous ont aussi beaucoup aidés quand nous étions sur place.

Gmögig : J'étais l'un des cinq, avec quatre amis de la section.  Cela nous a énormément soudés, c'était de belles expériences d'amitié. Mais nous nous sommes aussi engagés pour une bonne cause en nous rendant sur place. Je mettrais cela sur le compte de la vertu.

Saintex : Ils ont travaillé comme des fous...

Gmögig : La science entre aussi en ligne de compte pour moi. Je veux dire, je suis juriste, pas médecin. Malgré tout, nous faisions aussi du travail médical la moitié de la journée :  nous changions des pansements et faisions des visites. Le reste de la journée, nous faisions de la rénovation, donc du travail manuel. Nous avons aussi énormément appris. Nous étions donc fiers d'avoir pu immortaliser le zirkel de la Neu-Romania sur une poutre sous le plafond.

Mami : Le zirkel est bien sûr toujours là. Tous ceux qui le voient le savent : l'hôpital de Munda a été rénové par des Stver.

 

Est-ce que la SES a influencé certaines valeurs dans votre famille de manière particulière ?

Saintex : La plupart des valeurs que la SES cultive et incarne étaient déjà présentes en nous, elles nous ont été transmises dans notre éducation. L'idée de charité, par exemple, est profondément ancrée en nous. Nous voulions simplement rendre un peu de la chance que nous avons eue de pouvoir exploiter notre cabinet pendant 35 ans, avec des collaborateurs formidables et des patients adorables. Nous avons toujours été heureux et avons pu vivre beaucoup de belles choses pendant toutes ces années.

Mami : Et nous avons une famille merveilleuse et tout le monde a pu rester en bonne santé. Oui, nous voulons aussi donner quelque chose en retour. Mais ce que la SES nous a appris de manière particulière : l'ouverture d'esprit, le fait d'aller vers les gens et d'avoir très vite des discussions profondes et de qualité avec de nouvelles personnes. Je trouve que c'est quelque chose d'unique au sein de la SES. Cette ouverture, cette franchise et cette honnêteté qui permettent d'aborder clairement les problèmes.

 

Votre engagement dure depuis presque dix ans. Que voyez-vous quand vous regardez le travail accompli jusqu'à présent ?

Mami : Il est tout simplement important pour nous d'avoir pu laisser un hôpital avec une certaine renommée ; un hôpital qui fixe désormais les normes dans la région. Et que les gens exigent de plus en plus ces normes. Il est également très important pour nous que la continuité des améliorations obtenues soit assurée par les spécialistes locaux et également le fait que les gens viennent désormais au travail avec plaisir et motivation, parce qu'ils y voient plus de sens et de succès. Pour moi, c'est l'une des plus grandes réussites du projet R4C.

 

Et quels sentiments cela suscite-t-il en vous ?

Saintex : La satisfaction.

Mami : Et une grande gratitude pour la manière dont nous avons été accueillis, dont nous avons pu faire partie de leur communauté et en faisons encore partie. Mais aussi pour la manière dont notre engagement a été accepté et apprécié. 

Les brûlures graves et mal traitées dans un premier temps, notamment chez les enfants, ne sont malheureusement pas rares. (Photo : zVg)

« Ruckstuhl4Charity » : apporter une contribution

« Ruckstuhl4Charity » (R4C) est une association d'utilité publique, exonérée d'impôts, qui se finance exclusivement par des dons. L'argent et les dons de matériel sont directement affectés aux projets de santé dans les îles Salomon et ne sont pas absorbés dans les frais administratifs et salariaux de l'organisation. 

Actuellement, les différents sites des îles Salomon sont équipés des installations et des appareils les plus importants. Mais ce qui fait toujours défaut, ce sont les consommables médicaux : petits appareils et instruments, lecteurs de glycémie et les bandelettes réactives, instruments chirurgicaux, médicaments, pansements, anticoagulants. L'entretien des appareils techniques sur place est également un éternel facteur de coûts, surtout au vu des conditions climatiques difficiles. 

Les prix élevés du fret constituent actuellement un facteur de coût important. Le contournement du canal de Suez en raison de la menace d'attaques par des rebelles hutus a entraîné une augmentation des coûts d'environ 80 %. Un conteneur coûte désormais 20 000 francs (contre 12 000 auparavant). Et l'envoi d'une caisse de déménagement coûte déjà entre 300 et 350 francs.

L'argent et les biens de première nécessité sont donc toujours les bienvenus. Cliquez ici pour accéder au site web.

Quatre nouveaux romans en action sur le terrain (de g. à dr.) : Spion, Garant, Gmögig et Saintex.

Les Furrer à Malalita

Grâce à des contacts communs au sein de la SES, le couple Furrer, Ruth et Thomas v/o Turm, a entendu parler de l'association R4C. Eux aussi réalisaient ainsi un rêve vieux de plusieurs décennies : pouvoir appliquer et transmettre dans une autre partie du monde leurs connaissances acquises en Suisse. Le Rauracien Turm a tenu pendant de nombreuses années le cabinet médical du village de Sarmenstorf. Ruth travaillait comme assistante médicale. Après leur retraite, ils ont pris contact avec Chantal (v/o Mami) et Erhard (v/o Saintex) Ruckstuhl. Par leur intermédiaire, ils ont finalement atterri à Auki, sur l'île de Malalita, dans les îles Salomon, où ils ont travaillé durant six mois dans l'hôpital local. 

Contrairement à d'autres hôpitaux qui sont entièrement gérés par du personnel soignant, l'hôpital Kilu'ufi d'Auki compte des médecins. Malgré cela, les conditions qu'ils ont trouvées à leur arrivée étaient catastrophiques. Cela était dû en particulier au fait qu'il manquait de tout : médicaments, matériel médical, instruments stériles, mesures d'hygiène. Comme les trajets sont longs et difficiles, de nombreux autochtones évitent de se rendre à l'hôpital - souvent jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Il n'est pas rare que des amputations et des décès soient la conséquence de blessures et d'inflammations a priori mineures. De même, la tuberculose, très répandue, est souvent traitée trop tard. 

Les Furrer sont rentrés en Suisse après six mois de travail difficile et éprouvant tant physiquement que moralement. Outre quelques souvenirs, ils ont ramené chez eux de nombreuses expériences ainsi que la joie d'avoir fait bouger les choses sur place, d'avoir transmis des connaissances et d'avoir assisté des personnes dans des situations difficiles. Ruth, qui travaillait dans le service d'obstétrique, a aidé de nombreuses femmes et leurs enfants. La gratitude était grande et cinq filles de Malalita portent désormais le prénom Ruth en son honneur.

L'engagement dévoué de Turm et Ruth a été très apprécié par les autochtones et leur a apporté respect et confiance. De belles amitiés en ont résulté. Les adieux à l'île et à ses habitants se sont donc faits dans les larmes. Mais qui sait, peut-être que les Furrer reverront un jour leurs amis à Auki. 

Interview réalisée et transcrite par Andreas Waser v/o Loop.

 

«Ruckstuhl4Charity»: apporter une contribution

Vous souhaitez partir vous-même en mission dans les îles Salomon ? La retraite approche et vous aimeriez encore transmettre votre savoir et votre expérience ? Alors contactez Gmögig, Mami ou Saintex ! Vous trouverez le formulaire de contact sur le site ruckstuhl4charity.com.

Sous certaines conditions, des mission d'étudiants en médecine ou de personnel soignant en formation sont également possibles. Pour cela, il faut néanmoins que les possibilités d'encadrement sur place soient réunies, ce qui n'est pas toujours le cas. Les personnes intéressées peuvent néanmoins prendre contact avec les Ruckstuhl.

Les deux écoles polytechniques fédérales relèvent directement de la Confédération. Les objectifs nationaux d'économies peuvent ainsi être adaptés directement par le biais de la loi sur les EPF. (Photo : © Alessandro Della Bella / ETH Zurich)

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