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Le conseiller fédéral Martin Pfister, alias Janus : « On ne sait pas vraiment ce qu'est l'Europe. »

19.05.2026

Seule une défense crédible protège la neutralité

Cette année encore, le Stamm parlementaire du 18 mars 2026 a affiché complet en quelques minutes. Soixante membres de la SES ont écouté avec grand intérêt le conseiller fédéral Martin Pfister v/o Janus, avant de poursuivre la soirée dans des discussions de comptoir animées autour de la défense et de la neutralité.

de Noah Zemp v/o Flux

 

Lors du dernier Stamm parlementaire, nous avions déjà eu la joie d’accueillir un conseiller fédéral nouvellement élu, membre de la SES. Après une année en fonction, Martin Pfister v/o Janus nous a cette fois rendu visite en tant que parrain de la soirée. Thierry Burkart v/o Maverick s’est également joint à lui.

Les places « Au Premier », au restaurant Della Casa, ont affiché complet en un temps record. Organisée par la Commission politique, la soirée a réuni son président Philipp Mazenauer v/o Avis, son vice-président Patrick Widrig v/o Schwätz, ainsi que le CP Elias Leitner v/o Eid et son CC. Après l’entrée des invités, un bref échange avec les personnes présentes et une allocution de Schwätz, qui animait la soirée comme l’an dernier, le conseiller fédéral s’est adressé à l’assemblée. Le regard tourné vers le portrait du général Guisan accroché au mur de la salle, il a ouvert son intervention par ces mots : « Lui aussi a vécu le fait que l’armée n’était pas équipée. »

La mutation de la situation mondiale

Guerre en Iran, missiles interceptés au Qatar, base militaire britannique touchée : c’est par un tableau particulièrement sombre que notre parrain a commencé à décrire la situation au Proche-Orient, en lisant un rapport partiellement caviardé du Service de renseignement de la Confédération. Ce constat indiquait d’emblée l’essentiel : « Nous vivons un tournant, une rupture. »

La guerre serait de retour dans le monde, y compris en Europe. Les règles et les organisations internationales qui auraient dû prévenir ces conflits seraient aujourd’hui marginalisées, tandis que l’équilibre des puissances se déplacerait fondamentalement. Pfister v/o Janus a ainsi relevé : « L’identité de l’Europe reste floue. ». Il s’est demandé si notre continent appartenait encore à un groupe influent ou s’il était déjà devenu l’objet d’une sphère d’influence des grandes puissances.

Cette évolution se déroule sur fond de transformation technologique. Les drones et la robotique prennent une importance croissante, ce qui rend nos sociétés toujours plus dépendantes des chaînes d’approvisionnement et des ressources étrangères. À cela s’ajoute la guerre hybride. Aujourd’hui, il devient difficile de savoir précisément quand une guerre commence. Ses débuts prennent souvent la forme d’un processus insidieux.

« Cet homme », a poursuivi Pfister v/o Janus en regardant à nouveau le portrait du général Guisan, « a été élu à la fin du mois d’août 1939, et l’on savait alors que si cet homme était élu, la guerre commencerait. » Aujourd’hui encore, selon lui, on refuse jusqu’au dernier moment de croire que la guerre puisse réellement éclater — jusqu’à ce qu’elle soit soudainement là. Il a cité comme exemple la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran : le conflit s’annonçait depuis longtemps, mais beaucoup n’y ont cru qu’au moment où les frappes ont été lancées. Cette imprévisibilité caractérise profondément notre époque. Dans ce contexte, l’immense course à l’armement devient un risque d’autant plus grand.

Des représentants de la Commission politique et du Comité central, en compagnie de Büchel v/o Kritik, secrétaire général du DDPS (à l'arrière à gauche), du conseiller fédéral Pfister v/o Janus et du conseiller aux États Burkart v/o Maverick, ainsi que d'autres participants au groupe parlementaire 2026.

Capacité d’action et crédibilité de la Suisse

Avec la hausse des prix de l’essence, nous ne ressentirions aujourd’hui que les répercussions indirectes de ces crises. Mais la Suisse serait exposée à un danger particulier, a rappelé Pfister v/o Janus : notre pays joue en effet un rôle de plaque tournante énergétique majeure en Europe. De plus, grâce à ses établissements d’enseignement et à ses plateformes internationales, il bénéficie d’un fort pouvoir symbolique. Tout cela fait de la Suisse une cible potentielle, même sans participation active à une guerre.

La population n’en aurait pas suffisamment conscience, ce qui limiterait la capacité d’action politique. Notre neutralité ne doit donc pas nous donner un faux sentiment de sécurité : seule, elle ne nous protégerait pas en cas d’urgence. « Si l’on ne comprend pas la neutralité comme une neutralité armée, et cela de manière crédible, alors la neutralité constitue un risque pour la Suisse », a constaté Pfister v/o Janus.

Il serait ainsi de la responsabilité du Conseil fédéral, du Parlement et, en fin de compte, de la population, de retrouver au plus vite une véritable capacité d’action en matière de politique de sécurité. Il en va de notre crédibilité envers nos partenaires européens, envers notre population, mais aussi envers les membres de l’armée. Or cette crédibilité ne peut être assurée par une armée qui ne dispose pas de l’équipement nécessaire à une intervention. Dans son état actuel, l’armée suisse serait avant tout une armée d’instruction.

 

Les mesures

C’est pourquoi le Conseil fédéral a décidé de donner la priorité à certaines acquisitions afin de pouvoir réagir le plus rapidement possible aux menaces les plus probables. Il s’agirait en premier lieu des menaces à distance et de la guerre hybride. Une liste de priorités a donc été établie, accordant une importance particulière à la défense aérienne, à la défense contre les attaques hybrides, mais aussi à l’équipement individuel des militaires.

Ce dernier point serait également nécessaire pour renforcer la crédibilité de l’armée auprès de ceux qui y servent, « afin que nos jeunes continuent à accomplir ce service ». Pour financer ces mesures le plus rapidement possible, le Conseil fédéral recommanderait d’augmenter temporairement la TVA de 0,8 % pendant dix ans. Ces fonds seraient affectés à un usage spécifique : les recettes supplémentaires devraient être intégralement consacrées à la sécurité et à la défense de la Suisse, au bénéfice de l’armée et des offices fédéraux civils chargés de la sécurité.

En conclusion de son intervention, Pfister v/o Janus s’est adressé à l’assemblée avec une note d’optimisme : « J’espère que vous n’êtes pas trop déprimés. Pour ma part, je ne le suis pas. Je reste motivé et optimiste. »

Il en est convaincu : si nous faisons les efforts nécessaires dès maintenant, nous y parviendrons. Nous éviterons ainsi de nous retrouver, au moment décisif, nombreux mais mal équipés. Pour cela, il compte aussi sur les membres de la SES, afin qu’ils convainquent leur entourage de l’importance de ne pas manquer ce moment. Il reste encore six mois jusqu’au vote sur la hausse temporaire de la TVA. Si celle-ci est acceptée, un pas nécessaire aura été franchi pour passer d’une armée d’instruction à une armée capable de défendre le pays, « capable de protéger la population et le pays de manière crédible ».

La SES comme lieu d’apprentissage politique

Comme l’a souligné Pfister v/o Janus, il compte également sur les membres politiquement actifs de la SES. Lui-même aurait appris les bases de la politique en société, au Stamm, comme il me l’a confié lors d’un bref échange avant son départ. Selon lui, il est devenu plus difficile de construire des majorités, car beaucoup ne défendent plus que leurs propres causes. À ses yeux, le Stamm demeure pourtant l’un des meilleurs lieux pour un véritable échange d’opinions.

Cette idée a également été reprise par le CP Elias Leitner v/o Eid dans son court discours après l’intervention du conseiller fédéral. Il a salué le Stamm comme un espace de discussion politique entre pairs, au-delà des frontières partisanes — ce même Stamm que Pfister v/o Janus avait déjà désigné comme essentiel lors du Neujahrskommers de l’AV Semper Fidelis en 2018.

 

Une conclusion pleine d’humour et de convivialité

Après cette partie exigeante, le président de la Commission politique, Philipp Mazenauer v/o Avis, a détendu l’atmosphère par quelques mots humoristiques. Les rires ont redoublé lorsqu’il a remis, au nom de la PK, une maquette de l’avion de chasse F-35 au conseiller fédéral, accompagnée de ces mots : « Nous espérons que tu pourras ainsi atteindre l’effectif prévu. Si tu l’assembles toi-même, tu rempliras même les accords compensatoires »

À la suite de cette conclusion pleine d’humour, l’assemblée a entonné le ça ça geschmauset, ouvrant ainsi la partie informelle de la soirée. Les discussions se sont alors prolongées autour des tables : la politique vécue, telle que nous la connaissons au Stamm. Dans cet esprit, nous ne pouvons qu’espérer que ces échanges soient portés dans tous les autres Stamms de la SES. Car la capacité à chercher des compromis dans un monde en mutation reste, comme à chaque Stamm parlementaire, l’une des compétences politiques les plus précieuses d’une société.

 

Remerciements

En conclusion, nous remercions le conseiller fédéral Martin Pfister v/o Janus d’avoir accepté le patronage de cette rencontre et de nous avoir fait part de ses réflexions. Nos remerciements vont également à la Commission politique pour son engagement. Ce Stamm parlementaire fut, une fois encore, un temps fort du riche calendrier de la SES. Puissent les prochains Stamms parlementaires être animés par la même exigence de dialogue.

Texte : Noah Zemp v/o Flux 
Traduction : Schaerer v/o Niveau, Riedo v/o Akkuma (relu)
 

Photos : Morgane Baumgarten v/o Thalassa

Basilique Notre-Dame de Genève. (Photo : Jean-Charles Gonzalez v/o Caliméro)

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